- Enfants précoces : mise au point scientifique

Source : A.N.A.E ( Approche Neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant ) N°154 juin 2018

Pour commencer cette mise au point sur les connaissances actuelles, je vous propose des extraits de cette méta-étude :

GAUVRIT & VANNETZEL (2018 ) Conclusion

«  Pour des raisons historiques et sociologiques, contrairement à de nombreux pays, la France n’a pas choisi de miser sur ses enfants surdoués. On peut certes, le regretter. Pourtant, en l’état actuel des connaissances scientifiques, rien n’indique qu’il faille les considérer comme une population qualitativement différente et/ou particulièrement vulnérable. Rappelons-le aussi, le haut potentiel ne vaccine pour autant ni contre l’échec scolaire, ni contre les difficultés psychologiques ou sociales ni contre les différents troubles neuro-développementaux ( troubles des, TDAH, etc…)

Dans cette même recherche de nuance, certaines caractéristiques peuvent, parfois, être observées chez des enfant à) haut potentiel ( comme chez des enfants tout-venants) mais ne sont pas généralisables à cette population et ne peuvent être considérées comme des spécificités de fonctionnements. Ainsi :

- sur le plan psychopathologiques (troubles cognitifs, psychologiques, des apprentissages, de l’attention,…) les enfants HPI ne paraissent pas plus fragiles ou vulnérables que les autres ;

- ils semblent moins exposés aux échecs scolaires et aux difficultés professionnelles que les autres ;

- rien n’indique qu’ils sont plus souvent hypersensibles ou hyperémotifs que la population générale ;

- leur cerveau ne fonctionne pas qualitativement différemment. »


LIRATNI (2018) : Haut potentiel intellectuel et psychopathologies

"Actuellement en France, l’idée que le seul haut potentiel intellectuel puisse être un facteur de risque d’échec et de vie douloureuse est communément admise dans les ouvrages grand public et les médias alors que les données scientifiques les plus fiables sur ce sujet montrent tottalement l’inverse. Cette position semble d’autant plus dangereuse, voire éthiquement douteuse, car elle peut amener des personnes souffrantes à errer d’un praticien à un autre, soit-disant spécialisé en HPI ( alors qu’il n’existe aucune formation diplômante universitaire sur le sujet. Seule la formation personnelle du praticien sur des études scientifiques permettrait d’acquérir des connaissances fiables sur le HPI ), et finalement ne jamais être diagnostiquées pour des troubles du fonctionnement psychologiques dont on connait aujourd’hui bien les méthodes d’évaluations diagnostiques et les manières efficaces de les traiter."

Liratni propose de considérer le HPI comme une atypie développementale quantitative, en s’appuyant sur des critères objectifs :

1- facilité et rapidité marquées dans les apprentissages ( vocabulaire, raisonnement, mémoire,…) par rapport aux pairs du même âge

2- hétérogénéité marquée du profil intellectuel aux tests du QI avec des différences peu retrouvées dans l’échantillon d’étalonnage

3- hétérogénéité entre les hautes performances intellectuelles et les autres domaines du développement (émotionnel, social, moteur ) qui sembleraient avancer à un rythme normé.

En ce qui concerne l’hypersensibilité émotionnelle ( hyperémotivité/ dysrégulation ) ou encore de besoins constants de stimulation ou d’attention affective, Liratni propose de questionner davantage sur l’hypothèse de troubles tel que : 

- le trouble déficitaire de l’attention avec/sans hyperactivité ( ou TDAH) 

- le trouble de la personnalité borderline ( ou TPB) 

- les troubles anxieux ou dépressifs qui touchent toutes les tranches de la population, et donc également les personnes à haut potentiel

- et, enfin, les troubles du spectre autistique ( ou TSA) parfois très subtil à déceler, particulièrement chez les personnes avec un fort potentiel intellectuel qui développent des capacités d’adaptation malgré leur trouble.

Il convient donc de se poser la question d’un sous repérage de ces troubles chez les personnes à haut potentiel qui consultent.

Quelques conclusions scientifiques actuelles peuvent servir de repères :

Le HPI associé au TDA/H

"Il est régulièrement admis que le HPI s’accompagne d’une curiosité accrue et qu’il permet un accès facilité à la métacaognition. Dans le cadre d’apprentissage visant à connaitre le trouble et à gérer l’impulsivité ou/et l’inattention, le HPI permettrait donc de meilleurs aptitudes d’auto-observation et, peut-être, de régulation de comportement. »

Le HPI associé au trouble de la personnalité borderline

« Dans la littérature de vulgarisation, le HPI est présenté comme le facteur explicatif direct d’une hypersensibilité sensorielle et émotionnelle occasionnant des difficultés relationnelles et adaptatives avec le monde social. Mais aucun de ces auteurs n’en a la preuve tangible via des études quantitatives. Il est regrettable qu’un hypothétique TPB ne soit jamais évalué et évoqué comme cause possible de ces souffrances…C’est donc bien le TPB qu’il faudra traiter en amont avant de proposer à la personne des aménagements ou idées pour mieux gérer ou exploiter son HPI"

Le HPI associé aux troubles anxieux et dépressifs

« Une fois de plus nous repérons que les fonctionnements repérés tendent à un soulagement à court terme des symptômes via un controle cognitif, émotionnel et adaptatifs des situations qui renforcent, à long terme, le cercle vicieux du trouble. On peut comprendre qu’une personne HPI présentant ce genre de troubles (anxiété généralisé, trouble panique, phobies, anxiété sociale, TOC, stress post-traumatique, surmenage, épisode dépressif, rumination, désirs de contrôle des émotions, restriction des activités,…) tendra probablement à un contrôle plus intensif grâce à son intelligence censée résoudre efficacement les problèmes. raison pour laquelle les techniques de rationalisation proposées en thérapie cognitive permettraient d’obtenir des résultats avec des personnes présentant des facilités dans les raisonnement logique. Par ailleurs, les outils comportementaux du thérapeute ( planifications d’objectifs, expositions progressives, renforcement progressif,…) vont également permettre de nouveaux schémas d’apprentissage qui seront d’autant plus facilités si les personnes ont de bonnes aptitudes intellectuelles….Enfin, la méditation de pleine conscience ou encore la thérapie cognitive basée sur la méditation de pleine conscience sembleraient également des outils efficaces pour des personnes présentant un bon niveau d’abstraction et de contrôle cognitif."

Le HPI associé à l’autisme sans déficience intellectuelle ( ou syndrome d’Asperger )

"Les troubles du spectre autistique (TSA) se caractérisent par des difficultés prononcées dans la sphère des relations sociales et de la communication non-verbale. A des niveaux, certes, différents, on retrouve communément dans le HPI et les TSA un décalage entre le bon niveau intellectuel et le niveau d’adaptation social (normal dans le HPI et déficitaire dans les TSA)…idem pour les centres d’intérêts atypiques…Il peut être parfois très compliqué de discriminer les 2 phénomènes,et ce, malgrè des évaluations diagnostiques précises...Notre expérience clinique nous montre que c’est souvent à l’adolescence que les choses se précisent, les relations amicales et amoureuse prenant un intérêt plus grand…Le très fort désir de contrôle des situations et des émotions se traduit par une grande rigidité psychologique et comportementale…Utilisés par des thérapeutes formés et expérimentés, toutes les techniques (issus des TCC) peuvent permettre des changements efficaces par l’apprentissage qui sera donc facilité chez une personne avec HPI grâce à sa mémoire performante et son raisonnement efficient. »

Bien sûr, je vous recommande chaleureusement l’achat et la lecture attentive de cet exemplaire. ( 39€ ). Vous pouvez le commander sur le site de l’ANAE et découvrir également les nombreuses formations proposées. ( les particularités et troubles du développement - Remédiations, ateliers pratiques & thérapeutiques - Les tests : méthodologie et pratique clinique )

Il est urgent de repérer sur des critères objectifs et partagés le haut potentiel intellectuel de nos enfants. 

Il est indispensable que les professionnels en lien avec ces enfants et adolescents soient réellement formés et accompagnés dans l’évolution des connaissances à ce sujet.

Dans le cadre de mes métiers d’enseignant et de thérapeute, je mesure au quotidien la résistance à la compréhension de ces connaissances actuelles par les adultes qui encadrent pourtant ces jeunes. 

Mes formations et mes expériences acquises me conduisent souvent à plus questionner les déficits, les manques, les comportements inappropriés que l’appartenance à la «  famille " des HPI. 

 

Vous habitez le sud-ouest et vous souhaitez une information plus complète ? Je vous propose de prendre contact, de ma part, avec :

Claire NUNN                      ANPEIP secteur Béarn www.facebook.com/ANPEIPPA Tel : 06.79.77.82.98

Laurence MASSEING        AFEP secteur Béarn   afep64.laurence@afep.asso.fr   Tel : 07-83-17-84-24

© Frank MANGIN 2018